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SPIRITISME n. m.

L'homme se résigne mal à la mort. Il se consolerait aisément de ne rien comprendre aux problèmes généraux de l'univers, mais l'idée de sa disparition complète l'épouvante. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison du succès de toutes les religions et en particulier du Spiritisme. Le spiritisme s'est, à certains égards, mis en harmonie avec les idées modernes. On resterait sceptique à notre époque devant un homme qui prétendrait avoir bénéficié de révélations spéciales. Moïse, s'il revenait raconter aujourd'hui que Dieu en personne lui a donné audience sur une montagne, aurait bien des chances de ne pas être cru ; les montagnes, mystérieuses autrefois parce que difficilement accessibles, ne le sont plus aujourd'hui. Notre temps veut des faits, des expériences ; c'est ce qu'apporte le spiritisme, ou du moins, ce qu'il prétend apporter. Il a ses laboratoires dans les instituts métapsychiques, ses sujets, ses médiums, ses savants, des savants officiels même, qui, avec beaucoup de sérieux, s'adonnent à son étude.

Le spiritisme a pris naissance en Amérique vers 1848. Dans un village perdu loin de toute grande agglomération, des jeunes filles prétendirent entendre des voix et des coups frappés par un être invisible. Plus tard il fut reconnu qu'il n'y avait que supercherie dans ces prétendus phénomènes ; mais, qu'à cela ne tienne, le spiritisme fit quand même son chemin.

La religion spirite a été développée par Allan Kardec dans ses deux ouvrages célèbres : le Livre des Médiums et le Livre des Esprits. L'homme comporte trois parties : le corps périssable, le périsprit ou corps astral, fait de matière plus sublimée et l'esprit ou l'âme. Après la mort, l'esprit et le périsprit sont libérés ; ils vivent des vies successives, toujours de plus en plus parfaites.

Les hommes, en se soumettant à certaines conditions, peuvent communiquer avec les esprits ; ces communications sont de diverses espèces : la typtologie permet de converser avec les esprits par le moyen de la table. La table se soulève et retombe, frappant de son pied des coups dont le nombre correspond aux lettres de l'alphabet ; un coup pour A, deux coups pour B, etc ... Ces communications sont très difficiles. Des gens désœuvrés se réunissent, le soir de préférence, pour se livrer à ce petit jeu. Très souvent, sentant qu'il s'agit d'une lettre avancée dans l'alphabet et craignant un grand nombre de coups, il y a doute ; il faut recommencer et on n'aboutit à rien. Aussi, beaucoup de spirites préfèrent employer la planchette à médium. C'est une petite planche de forme triangulaire et pourvue de trois roulettes. Sur une table on place une bande de papier où sont figurées les lettres de l'alphabet. Le médium s'assoit devant la table, pose la main sur la planchette ; si l'esprit évoqué est présent, la planchette roule vers la lettre qu'il indique. Il n'y a plus qu'à former les mots et les phrases. Plus faciles encore sont les communications lorsqu'on dispose d'un médium écrivain. Il n'a qu'à prendre un crayon, du papier et à attendre l'inspiration.

D'autres médiums sont parlants, L'esprit évoqué prend, pour un temps, possession de leur corps et s'en sert pour communiquer avec les vivants. Le consultant qui a perdu un être cher et qui espère communiquer avec lui va trouver le médium ; celui-ci entre en transe, sa voix change, prend le timbre de la voix du mort et le consultant est persuadé que c'est le mort qui parle. Il ne dit, et pour cause, que des choses très vagues et il ne manque pas de consoler son parent, de lui dire qu'il est heureux dans l'au-delà. Le client s'en va un peu consolé, je dis un peu, car, malgré sa naïveté, le consultant ne peut pas ne pas voir qu'il n'a eu affaire qu'au médium et nullement au mort qu'il regrette.

Il est enfin des médiums à matérialisations ; ce sont les plus recherchés. Certains font apparaître des formes ectoplasmiques. De leur bouche s'échappe une matière ténue et lumineuse qui, d'abord en forme de sphères, prend peu à peu l'aspect d'un corps humain. D'autres font apparaître des fantômes vêtus de voiles blancs, d'autres des membres humains qui consentent même à se laisser prendre un moulage, pour bien prouver leur réalité. Ces phénomènes ne se produisent jamais simplement. Il faut au médium tout un appareillage qui évoque le théâtre, qu'il est en réalité. La salle doit être obscure. Le médium est en outre caché derrière un rideau noir. Le fantôme surgit de derrière le rideau, il est interdit d'en approcher, de le toucher et aussi de faire la lumière pour se rendre compte de ce qu'on voit au juste. Les séances de matérialisations sont toujours soigneusement préparées. Les assistants sont mis en état de réceptivité par des chants, de la musique, etc ... Lorsque l'Esprit est bien disposé, il nous laisse un souvenir apporté de l'au-delà. Ce sont des objets tout à fait terrestres : fleurs artificielles, morceaux de papier coloré ; on les trouve facilement dans le commerce.

Nous n'avons guère jusqu'ici parlé que des médiums. C'est parce que le médium est indispensable ; tous les spirites vous le diront ; sans médium, pas de phénomènes. Ces médiums sont des personnes ayant reçu des dons spéciaux, leur permettant de communiquer avec l'au-delà. Leur système nerveux ultra-sensible fait d'eux des malades, une maladie enviable à bien des égards, car, pour peu que les circonstances soient favorables, elle fera leur fortune. Le médium sera couvert d'or, reçu par les rois ; il pourra même, parti de l'isba d'un moujik, gouverner l'État, tel Raspoutine.

Qu'y a-t-il de vrai dans les affirmations des spirites ?

Rien ! Et c'est bien à désespérer de l'humanité de la voir aussi stupide, en dépit de la T. S. F., de l'automobile et de l'aviation.

Tous les médiums ont été pris en flagrant délit de supercherie. Lié de corde et surveillé par une commission de professeurs, le médium parvient à libérer un membre et s'en sert pour déplacer un objet qui devrait se déplacer tout seul. La carrière d'un médium a trois phases : l'ascension, l'apogée et la catastrophe. Après un temps plus ou moins long pendant lequel le médium connaît tous les triomphes, on découvre la supercherie et il tombe à plat.

Mais, si l'individu disparaît, l'espèce subsiste. Un autre médium monte à son tour au ciel de la célébrité. La mésaventure du médium précédent est tout à fait oubliée. De nouveau, les journaux publient des articles sensationnels ; les revues scientifiques vantent les expériences ; la Sorbonne ouvre ses laboratoires, etc .. , etc ... Plein d'honneurs et d'argent, le médium est appelé dans le monde entier. Petit paysan, jeune ouvrier, ils ne connaissaient jadis que quelques kilomètres carrés de terrain ou le quartier pauvre d'une ville ; maintenant, le monde leur est familier. Avec un peu d'habileté et de truc, ils obtiennent beaucoup plus que tel savant ou tel artiste après toute une vie de travail ; ainsi va notre société, plus près de la barbarie qu'on ne pense.

La catastrophe, il est vrai, finit par survenir ; quelqu'un découvre la tromperie. Le médium est disqualifié ; adieu réceptions et voyages. Mais les prudents ont amassé leur magot et puis la disqualification n'est pas éternelle ; le médium trouvera toujours des consciences qui voudront bien le croire et le faire vivre.

Naturellement, les médiums tâchent de faire durer leur vogue le plus longtemps possible. Ils sont pleins de défiance et s'entourent de précautions. Un contrôleur leur paraît-il dangereux ? Ils le récusent, invoquent un prétexte quelconque pour ne pas opérer en sa présence ; le fluide contraire est un bon moyen d'éloigner les gêneurs. On déclare qu'un tel a un fluide qui contrarie les phénomènes ; la personne désignée n'a qu'à s'en aller.

A ceux qui voudraient voir, on répond que l'obscurité est indispensable ; si quelqu'un veut saisir le fantôme, immédiatement les compères l'en empêchent, alléguant un grave danger.

Malgré tout, nous l'avons dit, la supercherie est découverte tôt ou tard. On a trouvé le cheveu dont Euxapia Paladina se servait pour élever le plateau de la balance, abaissant ainsi l'autre plateau soi-disant chargé de fluide. Dans la célèbre villa Carmen, à Alger, le fantôme était une longue chemise blanche surmontée d'une tête de mannequin en carton. Les moulages soi-disant laissés par les corps astraux sont fabriqués par des magasins spéciaux, tel celui de M. Caroly, boulevard St-Germain. Il y a deux ans environ, les matérialisations de Nantes ont défrayé pendant plusieurs mois la presse. En fin de compte, c'était le jardinier qui assumait le rôle du fantôme ... un fantôme de jeune fille et plusieurs assistants ont pu saisir ses ... bretelles !

De grands savants ont cru au spiritisme. C'est cela que les spirites ne manquent pas d'objecter à leurs contradicteurs, laissant entendre à l'adversaire que lui, petit personnage, est bien osé, de se mettre au travers de gens célèbres qui se sont fait un nom dans leur spécialité. C'est là un argument d'autorité de valeur contestable. La fameuse preuve de l'existence de Dieu par Napoléon Ier qui, dit-on, y croyait, n'en est pas une. (Voir Savants (Les) et la Foi).

On veut faire passer pour valeur réelle ce qui n'est la plupart du temps que le résultat d'une imposture sociale. Le savant est un bourgeois qui a été aiguillé, dès la jeunesse, dans une spécialité où il s'est fait connaître par ses travaux ; parfois il s'est illustré par une découverte due au hasard. Mais on répand partout le mensonge afin que le peuple soit persuadé que ses dirigeants : hommes d'État, généraux, savants, etc ... sont tous des êtres d'intelligence supérieure. Il faudrait écrire le « Plutarque a menti » des savants comme on l'a fait pour les militaires. Certes, le savant peut être un homme supérieurement intelligent, mais il ne l'est pas nécessairement ; la plupart sont des gens d'esprit moyen. Ils peuvent donc, tout comme les autres hommes, être les dupes d'un charlatan.

Parfois, le savant n'est pas dupe, mais il feint volontiers de l'être. Connu dans un cercle restreint de spécialistes, il est enchanté du médium qui fera parler de lui dans la grande presse. Si le médium se casse les reins, il en sera quitte pour déclarer bien haut qu'il n'y avait jamais cru. Enfin, tel savant, esprit puissant dans l'âge mûr, peut faiblir dans la vieillesse. Cela, joint à la hantise de la mort qui approche peut expliquer une adhésion au spiritisme.

Le spiritisme a beaucoup recruté durant les années qui ont suivi immédiatement la guerre. L'état de siège intellectuel avait abêti les gens et nombre de familles ayant perdu un fils dans l'hécatombe recherchaient des consolations dans cette doctrine illusoire.

Les journaux spirites, les livres sur « l'au delà » abondaient. La réincarnation était mise à la scène, des temples s'installaient dans une boutique qui ouvrait le soir ses volets et des gens s'y glissaient mystérieusement non pour tenter de renverser un gouvernement agressif, mais pour entendre un monsieur en jaquette débiter un fatras où il y avait du catholicisme, de la théosophie, une vague morale de bonté formelle et une politique réactionnaire. On chantait un cantique bébête et on s'en allait. Ceux qui avaient le temps revenaient dans la journée développer en des travaux pratiques leurs médiumnités latentes. Avec les années, le souvenir de la guerre s'est affaibli et les morts, tout à fait morts cette fois, ont cessé de faire marcher les tables.

Le spiritisme conserve cependant des effectifs assez nombreux.

Des religieux, que les religions officielles ont déçus, des malheureux qui viennent se consoler de la mort d'êtres chers et surtout une foule de déséquilibrés, demi-fous ou quart de fous. Car le nombre est beaucoup plus grand qu'on ne pense de gens qui, tout en étant capables de se tenir suffisamment bien dans la société, sont cependant des aliénés partiels. Dans le spiritisme, ils se sentent compris, alors que dans le monde ils n'osent parler de leurs ... phénomènes, craignant la moquerie.

Malheureusement, si le spiritisme satisfait les demi-fous, il ne les guérit pas, bien au contraire. Les pratiques spirites, à la longue, conduisent à la folie : à force de s'introspecter, de se dédoubler, d'être plusieurs en un seul, on finit par devenir tout à fait aliéné, surtout quand on l'est déjà un peu.

Est-ce à dire que la mort soit réellement ce que nous en savons ; on ne pourrait l'affirmer. Peut-être, dans un avenir qu'il n'est pas possible de déterminer trouvera-t-on que quelque chose survit de nous après la mort du corps. Mais ce qui est certain c'est que jusqu'ici, en dépit d'études et d'expériences multiples, jamais personne n'a eu connaissance d'un phénomène spirite bien constaté.

- Doctoresse PELLETIER.